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Concrètement, comment faire ?

Introduire la distraction lors des soins ne vient pas modifier profondément les pratiques soignantes, il s’agit d’envisager le soin d’une autre façon pour compléter, entre autre, l’action des moyens antalgiques. Mais ce n’est pas si simple, car l'attitude respectueuse des besoins fondamentaux des enfants et de leurs parents doit se concrétiser en pratiques nouvelles qui peuvent se heurter à l’organisation d'une institution hospitalière qui, dans les faits, peine à les reconnaître.

Par contre, cette pratique de la distraction apporte une grande satisfaction aux équipes qui l'utilise au quotidien et aspirent à une qualité des soins. De cette façon, elle peut certainement contribuer à la prévention de l’épuisement professionnel (burn out). Afin que le projet puisse prendre racine et se développer de manière optimale, certaines étapes sont nécessaires. Les modes de fonctionnement et les cultures de service sont différents selon les institutions, mais voici un canevas possible :

Un travail d’équipe

Le soutien ponctuel et complémentaire des éducateurs de jeunes enfants ou des associations de professionnels ou de bénévoles intervenants à l’hôpital est bien sûr très précieux dans un service. Mais, la distraction des enfants fait bien partie des missions des professionnels de santé exerçant en pédiatrie. Les infirmières, les médecins, les auxiliaires de puériculture sont les principaux intéressés mais également, les kinésithérapeutes, les éducateurs de jeunes enfants, les psychologues, les manipulateurs radio, les étudiants… ainsi que les ouvriers techniciens pour l’équipement et la décoration des lieux…
Notons néanmoins, que les aides soignants ou les auxiliaires de puériculture ont un rôle privilégié dans cette démarche et qu’ils s’y investissent très souvent avec succès.
Enfin, le projet de distraire les enfants pendant les soins, peut s’adresser à une ou plusieurs équipes, unités, selon la taille du service pédiatrique.

Lancer une réflexion commune pour partager les mêmes objectifs

C’est souvent à partir de l’initiative personnelle d’une ou deux personnes que le projet est initié dans un service. Pour motiver les autres membres de l’équipe il est possible :
- d’organiser, avec le soutien du cadre, une réunion de service, la projection d’un film (voir la présentation du film "A vous de jouer ! La distraction des enfants lors des soins"), une conférence,
- de constituer un groupe de travail avec le soutien du CLUD,
- de faire un audit sur la prise en charge de la douleur, une enquête de satisfaction, une évaluation des pratiques professionnelles,
- de rendre visite à des services déjà impliqué dans la distraction.

Être convaincu, se former, transmettre et motiver le reste de l’équipe

De nombreux services pédiatriques utilisent la distraction. Mais cette pratique est plus ou moins bien structurée. Elle dépend, le plus souvent, d'une initiative personnelle qui ne fait pas encore l'objet d'une pratique collective, protocolisée et institutionnalisée. Le risque est qu’elle garde un caractère accessoire et non indispensable. Pour s’investir de façon durable et efficace sur ce projet afin que tous les enfants puissent en bénéficier, il est donc nécessaire que certains membres de l’équipe soient convaincus, qu’ils prouvent que cela fonctionne vraiment, et qu’ils soient formés.
Ces personnes pourront alors transmettre leurs connaissances et motiver le reste de l’équipe, afin que le projet ne repose pas uniquement sur quelques personnes qui s’épuiseraient à la longue. L’analyse des besoins, la sélection des priorités seront ensuite faites collectivement. L’important est de commencer de manière très ciblée, sans vouloir révolutionner les pratiques et bousculer l’ensemble des collègues.

La formation : un levier

Distraire cela peut paraitre simple à faire, mais il ne suffit pas de mettre à disposition une mallette de jeux dans un service pour que chacun l’utilise. Cela ne s’improvise pas, il est nécessaire de se former, d’être convaincu de l’efficacité, d’être rassuré sur ses capacités, en connaitre les effets et argumenter pour élaborer une démarche d’équipe et créer des références communes.
Il existe des formations directement ciblées sur la distraction ou l’hypnoanalgésie (voir la formation SPARADRAP)
Mais le fait que des membres de l’équipe soient formés à d’autres approches complémentaires est également un véritable levier pour pérenniser l’utilisation des moyens de distraction lors des soins. Par exemple « Soulager la douleur de l’enfant une priorité » (voir la formation SPARADRAP), « L'enfant et la musique à l'hôpital » (Association Musique et Santé), « Devenir un ludo-soignant » (Association Le rire medecin), « L’information par le jeu à l’hôpital » (voir la formation SPARADRAP), Soins de développement individualisés (Centre francophone de formation Nidcap), le toucher massage, le conte, la gestion des émotions…

Obtenir le soutien des responsables de l’équipe et valoriser les pratiques

  • Du cadre de santé qui pourra travailler sur le sujet, l’intégrer dans l’organisation des soins, la gestion de l’équipe en faire un objectif collectif et donner les moyens pour y parvenir.
  • Du ou des médecins du service afin de pouvoir introduire cette pratique dans les soins, en complément de leur rôle en terme de prise en charge de la douleur provoquée par les soins. Obtenir le soutien médical n’est pas toujours chose facile, mais cela est possible en démontrant que cela fonctionne : par exemple, en faisant un test sur un soin particulier ou une tranche d’âge et en objectivant les résultats et les retours qu’en font les enfants, grâce aux échelles d’évaluation de la douleur.

A l’heure actuelle, cette pratique n'a pas encore une « visibilité administrative ». L’activité peut néanmoins être valorisée lors de la certification des établissements grâce aux critères 12a et 19a : par exemple, par l’effort réalisée par l’institution sur les plans de formation, par une trace écrite dans le dossier de soin des enfants (score de douleur, distraction utilisée), par les enquêtes de satisfaction auprès des usagers… Voici ces critères du manuel de certification des établissements V2010 concernés :

  • Critère 12a : Prise en charge de la douleur

Il fait partie des 13 critères du manuel V2010 érigés en Pratiques Exigibles Prioritaires (PEP) :
Il convient d’améliorer « la prise en charge des douleurs des populations les plus vulnérables » d’utiliser « Les modalités de traitement médicamenteux et l’utilisation des méthodes non pharmacologiques pour une prise en charge de qualité », « de mettre en place l’éducation du patient à la prise en charge de la douleur ».

  • Critère 19a : Population nécessitant une prise en charge particulière

« …L’enfant est une personne en constant développement et il doit non seulement recevoir les soins adaptés à son état, mais aussi les recevoir dans des conditions et un environnement où son développement pourra se poursuivre et les conséquences psychologiques de l’hospitalisation être minimisées.
La prise en charge hospitalière des enfants et des adolescents nécessite avant tout que les professionnels et tous les intervenants soient formés aux spécificités de la prise en charge des enfants concernant l’accueil, l’information, la relation triangulaire parent-enfant-soignant, l’évaluation psychologique des conséquences de la maladie et de l’hospitalisation, la présence des proches, la prise en charge de la douleur, les besoins éducatifs et culturels…».

Formaliser, créer les protocoles, des références communes

Pour inscrire le projet de façon durable dans le service, le rôle du cadre de santé et du médecin chef de service est essentiel. Ils traduisent cette pratique de soins en protocoles, formalisent les décisions, encadrent l'équipe en fonction de cet objectif, et suivent la mise en place du projet.
La création d'un protocole peut prendre du temps, mais il est nécessaire pour que la distraction soit intégrée dans l'organisation du travail, qu’elle soit partagée par l'ensemble de l'équipe et être transmise aux nouveaux qui la découvrent. Par ailleurs, cette démarche peut aussi mettre en évidence et clarifier la démarche de prise en charge de la douleur.

Se procurer les moyens de distraction

Une fois que le projet est élaboré, que la sélection des moyens de distraction est réalisée, les fournisseurs repérés (voir une liste de fournisseurs) c’est sans doute la partie la plus simple. Les éducateurs de jeunes enfants peuvent faire bénéficier de leurs compétences pour la sélection des jeux.
Certains équipements peuvent requérir un budget conséquent, mais un budget de l’ordre de 300 à 500 € peut déjà offrir de multiples possibilités et l’argument financier peut difficilement être considéré comme un frein valable, à la mise en place d’un tel projet.
Pour le financement plusieurs approches sont possibles : soit déterminer les moyens de distraction en fonction des ressources disponibles (budget du service, dons…) soit établir un budget du projet, puis rechercher les fonds nécessaires auprès de fondations locales ou nationales (type Pièces jaunes, Kiwani’s ou Rotary club, d’associations de parents…), d’entreprises locales (banques, assurances…), des collectivités (mairies, Conseils régionaux…) etc.

Évaluer l’efficacité de la distraction

La mise au point du projet de protocole peut prévoir :
- d’évaluer indépendamment la douleur (score d’hétéro ou d’auto évaluation) et l’efficacité de la distraction proposée pour envisager d’autres solutions médicamenteuses ou de distraction pour un prochain soin, si les résultats ne sont pas satisfaisants.
- la nécessité de noter ces informations dans le dossier de soin de l’enfant, pour qu’elles soient accessibles à tous les soignants du service. Savoir quel est le jouet, la stratégie de distraction qui a bien fonctionné pour tel enfant est une information précieuse à transmettre au reste de l’équipe, voire à une autre équipe en cas de transfert.
Réaliser une évaluation du déroulement des soins concernés par la distraction est important à plusieurs titres :
- vérifier l’efficacité des moyens (complémentarité entre moyens pharmacologiques ou non) mis en place et éventuellement les ajuster
- disposer d’éléments scientifiques pour convaincre les «hésitants »,
- valoriser cette activité lors de la certification de l’établissement,
- communiquer à l’extérieur et valoriser le projet : présentation lors de réunions du CLUDS, congrès, journées professionnelles, instituts de formation, presse locale ou nationale…