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Questions - réponses
Mais ça va prendre trop de temps !
C’est indéniable, s’investir sur ce projet prend du temps, mais autant que sur n’importe quel autre projet d’amélioration : mise en place d’un protocole douleur, réaménagement, changement d’équipement…
En réalité, le temps consacré à la distraction est un investissement pour en gagner par la suite, en particulier lorsque les soins sont répétitifs. Même quand l’activité est surchargée et que le temps est compté, il est possible d’optimiser le temps du soin pour entrer en relation avec l’enfant, de l’inscrire dans une sorte « de bulle positive » même s’il ne dure que quelques minutes.
Enfin, l’expérience montre que les soignants qui font le pas et changent leur façon de faire, non seulement ne font jamais de retour en arrière mais y trouve beaucoup de satisfaction.
Et si ce n’est pas efficace, que l’enfant pleure quand même, qu’il faut le contenir ?
Évidement, la distraction n’est pas la panacée et de nombreux soignants connaissent cette chronologie négative où malgré tout le travail de préparation et les précautions prises, l’enfant signifie son désaccord, s’agite, refuse le soin et que la contention semble (devient) la seule alternative…
Cette réalité est particulièrement difficile à vivre et frustrante pour les soignants car elle est à l’opposé de l’image du métier de soignant à laquelle ils aspirent. Comment réagir quand un enfant est en colère, inquiet, se débat, pleure, surtout lorsque que le soin a déjà débuté et qu’il est donc nécessaire de le finir ?
Il n’existe pas de réponses toute faites, mais il est possible de se poser certaines questions et d’y réfléchir en équipe.
Il est compréhensible qu’un enfant manifeste son désaccord, ses émotions : l’idéal est d’abord de les reconnaître, de les accepter sans les juger, même si leurs manifestations (pleurs, agitation, cris…) perturbent l’activité et compliquent sa prise en charge. Mais cette attitude demande beaucoup de disponibilité, de souplesse et les soignants ne sont pas habitués à gérer les émotions pendant les soins.
Pourtant, cette reconnaissance de l’état émotionnel de l’enfant évite des interprétations erronées ou culpabilisantes «tu n’es pas gentil» «on a pourtant tout fait pour toi…».
Le fait que l’entant pleure, refuse le soin, ne signifie pas obligatoirement que les soignants sont dans l’échec, qu’il faut abandonner l’espoir d’arriver à le rassurer, à le distraire mais que l’enfant est toujours inquiet, qu’il n’a pas compris, qu’il n’est pas d’accord et c’est son droit.
Reconnaître les émotions de l’enfant, c’est le respecter dans ce qu’il est en train de vivre, il sera sensible à cette attention, aux efforts fait par les soignants, même s’il ne l’exprime pas sur le moment.
Quand ces situations se produisent, il est nécessaire après le soin :
- De faire le point avec l’enfant : ce qui a posé problème, ce qu'il n'a pas compris, ce qu'il souhaiterait la prochaine fois...
- D’en parler en équipe pour essayer d’analyser ce qui a fait défaut, envisager ce qui pourrait être amélioré, de s’interroger sur les situations qui justifieraient d’arrêter le soin, de le reporter afin d’éviter la contention, dont on sait qu’elle risque d’avoir des effets très délétères à court et à long terme pour l’enfant. Finalement, à quel moment une équipe risque t'elle de devenir violente, maltraitante ?
J’ai essayé, mais ça ne marche pas, je n’ai pas réussi à le faire sourire…
L’objectif de la distraction n’est pas de faire rire, ni même sourire l’enfant mais de capter son attention. Cela se manifeste d’abord par le fait qu’il regarde, écoute, participe à ce qu’on lui propose. Que son visage, sa posture sont détendus, même si momentanément son visage se crispe, qu’il grimace ou qu’il effectue un mouvement de retrait au moment du pic douloureux. S’il reste concentré sur l’histoire, le jeu, c’est que la distraction est efficace. Après coup, il arrive assez souvent que l’enfant se souvienne plus de la distraction proposée que du soin effectué…
Je ne peux pas à la fois faire le geste technique et distraire l’enfant !
Effectivement, selon le type de soin, il n’est pas toujours possible de faire les deux en même temps. C’est pourquoi, il est préférable qu’elle soit réalisée par une tierce personne : soit un autre soignant, soit un parent. Et puis c’est un fait, plus un soignant maitrise la technicité du geste plus il est capable de s’en dégager pour être disponible et participer à la distraction de l’enfant. Les professionnels qui débutent sont donc dans une situation moins confortable, mais l’aisance s’acquiert petit à petit.
Avec l’expérience, ce qui paraissait compliqué au début devient de plus en plus naturel ou aisé, la créativité de l’équipe s’exprime, une sélection de jouets ou de stratégies les plus efficaces se détachent, chacun trouve des astuces qui enrichissent les propositions des autres.
Je fais plus confiance aux antalgiques qu’à la distraction pour soulager efficacement la douleur
Certes, soulager efficacement la douleur d’un enfant implique d’abord d’utiliser des moyens antalgiques adaptés (crème anesthésiante, antalgique, solutions sucrées, MEOPA, anesthésie locale, anesthésie générale…) mais cela n’est pas toujours suffisant lorsque l’enfant est anxieux ou que les soins précédents ce sont mal passés.
Dans une certaine mesure, on pourrait même au contraire affirmer qu’informer, offrir un cadre serein et distraire les enfants sont les premiers préalables. Certains enfants ainsi accompagnés sont d’ailleurs capables de vivre positivement un soin, même si les moyens médicamenteux utilisés sont a priori « sous-estimés » par rapport à la douleur prévisible du soin… L’inverse n’est pas forcément vrai, une simple prise de sang peut devenir un cauchemar pour un enfant phobique malgré l’efficacité reconnue de la crème anesthésiante.
Je ne sais pas chanter, raconter des histoires, je vais être ridicule !
Développer la distraction lors des soins dans un service ne signifie pas que tout le monde doit savoir tout faire. Bien évidemment certains soignants vont spontanément ou parce qu’ils se seront formés, se «spécialiser» dans certains modes de distraction. Certains seront plus à l’aise avec les chansons, d’autres les jeux, d’autres les histoires, les massages…
Jouer ne veut pas dire abandonner sa compétence professionnelle. Il s’agit d’être convaincu que la distraction est un moyen de respecter les besoins de l’enfant, de l’intégrer dans une pratique professionnelle et de se former. Toute nouvelle acquisition peut au début générer de l’appréhension, mais la peur de ne pas savoir faire ou d’être ridicule est vite dépassée. Et puis, finalement le fait même de paraître ridicule (chanter faux, dire des bêtises) est un moyen très efficace de distraire les enfants !
"L’important c’est de se lancer, de se donner un espace pour être créatif et se donner du plaisir tout simplement". Ce sera d’autant plus facile que l’ensemble de l’équipe adhère au projet.












