Donner le choix aux enfants

De nombreux textes officiels et recommandations officielles alertent sur la nécessité pour l’enfant de comprendre ce que l’on va lui faire, de solliciter son avis et d’en tenir compte, de le traiter avec tact et compréhension, d’être attentif à ses besoins psychologiques et émotionnels…

Mais quand l’enfant est examiné, soigné ou hospitalisé, il a en réalité très rarement le choix. Il doit s’adapter aux prescriptions médicales, aux contraintes liées à l’organisation de l’établissement, aux mesures de sécurité, aux façons de faire des personnes qui s’occupent de lui…

Pourtant, il peut avoir une liberté de choix sur certains points. Aussi dérisoire que cela puisse paraître aux adultes, cette petite marge de liberté lui donne l’impression qu’il a tout de même son mot à dire, qu’il est acteur.

Voici quelques pistes pour vous aider à repérer ces « espaces de liberté » et vous encourager à les utiliser, les développer…

 

 

Limiter le sentiment d’impuissance des enfants

Comment s’organiser

Tiens Ninon, choisis ton pansement !Il s’agit de cultiver une attitude qui consiste au quotidien, à rechercher la marge de manœuvre qui peut être proposée à l’enfant pour lui donner le sentiment qu’il maitrise un tant soit peu la situation, à solliciter son avis de façon systématique sur des points dont on sait à l’avance que l’on pourra en tenir compte (par exemple choisir entre un pansement rouge ou jaune), mais aussi dans d’autres situations car le fait même de solliciter l’avis est un signe d’attention et peut faire du bien, même si vous ne pouvez pas répondre positivement à la demande !

La palette de choix n’est pas nécessairement large : choisir entre deux options, c’est déjà un choix et même s’il parait insignifiant au regard des adultes.

De nombreux soignants adoptent cette attitude de façon spontanée avec beaucoup de créativité. Par contre cette manière de faire n’est pas toujours partagée par l’ensemble de l’équipe, chacun ne profitant pas toujours des astuces trouvées par son collègue.
Ainsi, cette question pourrait faire l’objet d’une réunion d’équipe afin de recenser ce que chacun fait déjà, évaluer ce qui fonctionne bien, imaginer des nouvelle possibilités, stratégies d’organisation pour développer ce processus, en y associant, bien sûr les enfants et leurs parents.

Construire la résilience

Dans la construction de la résilience, le facteur clé est la possibilité pour l’enfant de conserver ou de nouer une relation avec une personne capable de partager ce qu’il ressent. Alors même très jeune, il peut mobiliser ses ressources internes, s’adapter à la situation de façon surprenante (même s’il proteste !) et ressentir un sentiment de victoire dont les manifestations sont très visibles.

Le bilan de l’expérience peut être positif si les professionnels (avec l’aide des parents) sont capables de donner à l’enfant le moyen de se préparer, de s’exprimer, d’être acteur de son soin, s’ils l’accompagnent tout au long de son expérience.

Alors l’examen, le soin ou l’hospitalisation pourra être l’occasion pour les enfants d’apprendre plusieurs choses importantes :

  • ils peuvent supporter une situation désagréable,
  • ils peuvent demander de l’aide et en obtenir,
  • les adultes peuvent être dignes de confiance.

> Voir aussi les conseils pratiques Les inquiétudes des enfants avant d'un soin ou d'un examen

 

 

Quels choix proposer à l’enfant avant un soin ?

Les choix proposés à l’enfant dépendent de nombreux facteurs : les politiques du service, les protocoles existants, la qualité de l’équipement, les moyens humains disponibles… mais d’autres ne dépendent que de la volonté individuelle de chaque soignant. Voici quelques pistes.

Avec qui ?

Demander à l’enfant s’il souhaite ou non qu’une personne soit présente pendant le soin : l’un de ses parents dans la mesure du possible, ou une autre personne du service qu’il apprécie, que ce soit un soignant, l’éducatrice de jeunes enfants ou le membre d’une association qui intervient dans le service (clown, conteur, musicien, magicien…).

Ce besoin de réassurance est quasi systématique pour les bébés et les jeunes enfants, mais même un grand adolescent peut souhaiter qu’un proche soit présent et lui tienne la main…

À quel moment ?

Selon le degré d’urgence ou de l’organisation du service, le soin peut parfois être programmé en tenant compte du rythme ou des souhaits de l’enfant. Par exemple, s’il est hospitalisé : quand ses parents seront là, après l’école ou la salle de jeux, à la fin de sa série télévisée préférée. S’il doit venir suivre un traitement en hôpital de jour, il peut être envisageable de le planifier en dehors de certaines dates importantes (anniversaire, etc.).

Par ailleurs, juste avant le geste, on peut observer l’enfant et lui demander s’il est prêt, sans pour autant lui demander de donner le signal du départ.

Dans quelle position ?

L’enfant souhaite-t-il être couché ? Assis sur le lit ? Assis sur un siège ? Sur les genoux des parents ?

C’est un point très important, car la position couchée instaure de fait, une situation d’infériorité. Certains jeunes enfants sont angoissés ou en colère si on les force à s’allonger car ils ne peuvent plus contrôler visuellement leur entourage.

Par exemple, beaucoup d’enfants préfèrent rester assis sur le lit ou le brancard qui les amène au bloc opératoire…  Mais un enfant non prémédiqué peut aussi y aller en marchant, dans les bras de ses parents ou d’un brancardier. De même, on peut pratiquer l’induction à l’anesthésie avec un enfant assis.

> Voir aussi les conseils pratiques : Quelle place, quel rôle pour les parents lors d'un soin ?
 

Voir le geste ou être distrait ?

Certains enfants souhaitent être prévenus et informés du déroulement du soin, certains regardent avec attention tous les gestes des soignants, d’autres au contraire détournent le regard et préfèrent se laisser distraire.

Tenir compte de ce souhait est essentiel, en sachant si nécessaire faire abstraction de la « politique du service ».

Concernant la méthode de distraction utilisée, les professionnels pourront laisser libre court à leur créativité, la gamme de possibilités étant quasi infinie… Choisir un jouet dans une « Boîte magique», une chanson, une musique, une vidéo, un livre, un jeu, mais aussi la relaxation, l’hypnose... Il faudra simplement s’adapter à l’âge de l’enfant.

> Pour vous aider, voir Les essentiels de la distraction

> Voir aussi les conseils pratiques Distraire un enfant lors des soins

 

 

Quelques exemples de soins ou de situations

Voici quelques pistes plus précises repérées au fil des années auprès de professionnels de santé ou par le biais de témoignages d’enfants ou de parents. A moduler, bien sûr selon les possibilités du service, les capacités et l’âge de l’enfant.

Apres la piqurePose et retrait d’un pansement

  • Pose : avoir à disposition différents types de pansements, colorés ou décorés, ou bien une planche de stickers classique, parmi laquelle l’enfant peut choisir pour décorer son pansement.
  • Retrait : proposer à l’enfant de le faire lui-même, à son rythme.

Pose d’un plâtre

  • Proposer des résines de couleurs différentes.
  • Disposer d’une planche de stickers, parmi laquelle l’enfant peut choisir pour décorer son plâtre.

Pose d’une perfusion

Savoir si l’enfant a une préférence pour le bras droit ou gauche, sur le dos de la main ou au pli du coude et prévoir la pose de la crème anesthésiante en fonction.

Pose d’un bracelet d’identification

  • Faire choisir la couleur : blanc, rose, bleu…
  • Faire choisir au poignet ou à la cheville, à gauche ou à droite.

Se déshabiller

Si l’enfant doit se déshabiller, le limiter au strict minimum et dans l’intimité. Même un jeune enfant peut être gêné.
Au bloc opératoire, l’enfant peut très souvent garder son slip ou sa culotte.

Tenue à usage unique

Il existe des blouses, des charlottes, des culottes de couleurs différentes, certaines imprimées avec des motifs enfantins.

Prise d’un médicament

  • Lorsque le choix de forme galénique existe : choisir entre un comprimé, une poudre ou un sirop.
  • Si le médicament à mauvais goût, choisir la boisson à boire juste après pour le faire passer.
  • Si l’administration par voie veineuse est obligatoire bien expliquer à l’enfant que c’est parce qu’on ne peut pas faire autrement, soit parce les médicaments seraient inefficaces car « digérés », soit par recherche d’une rapidité d’action.

Pose d’un oxymètre

A quel doigt veux tu que je le metteProposer à l’enfant de poser lui-même le bracelet en velcro ou la pince, sur une main ou sur un pied, celui de gauche ou de droite, sur un doigt ou un orteil en particulier.

Induction anesthésique

En consultation d’anesthésie proposer l’induction au masque ou par voie veineuse, le noter dans le dossier de l’enfant pour s’assurer de la bonne transmission de l’information, mais le prévenir qu’il pourra changer d’avis le jour J si c’est effectivement possible…

Inhalation au masque

  • Proposer à l’enfant de tenir le masque lui-même.
  • Faire choisir un parfum : masques pré-parfumés, feutres parfumés, arômes…
  • Si utilisation d’un sifflet : choix de la couleur
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> Voir aussi les conseils pratiques Apprivoiser le masque d'anesthésie

Séparation d’avec les parents

Ne pas occulter la séparation ou la cacher mais au contraire la repérer, afin de mettre en place des « rituels » de séparation pour permettre à l’enfant et à ses parents de s’y préparer, en particulier dans le parcours opératoire.

Les équipes peuvent décider, en fonction des lieux et de l’organisation entre les services d’hospitalisation et du bloc opératoire, où il est préférable qu’elle ait lieu.

Si plusieurs choix sont possibles il peut alors être proposé aux familles :

  • d’actionner la boite à musique et de se faire un bisou quand la musique est finie, avant de partir au bloc opératoire,
  • de se dire au revoir devant cette porte d’ascenseur…

 

 

D’autres attitudes qui influent sur le sentiment d’impuissance des enfants

En plus des choix qui peuvent être proposés aux enfants, certaines attitudes et façons de faire auront plutôt tendance à renforcer la détresse ou au contraire à soutenir les enfants.

Sans prétendre à l’exhaustivité, en voici quelques-unes :

Ce qu’il faut éviter

  • Contenir fermement l’enfant : l’attacher, le maintenir fermement par un ou plusieurs membres est perçu comme un message non verbal ; cela signifie que l’on s’attend à une résistance, une agitation et en fait, on risque de l’induire. La contention génère inconfort, douleur et détresse ! Si un dispositif de contention est indispensable en limiter la taille, le capitonner, lever régulièrement la contention et installer le membre en position physiologique.
    > Voir les résultats des audits et le score de contention Pediadol, réalisés par l'unité douleur de l'Hôpital Trousseau.
    > voir aussi les conseils pratiques Éviter la contention lors des soins
     
  • Banaliser : « c’est bientôt fini » si ce n’est pas le cas, que « ce n’est pas grave », que « c’est rien du tout, ça fait pas mal », « tu es grand, tu ne vas pas pleurer »,
     
  • Menacer l’enfant : « si tu ne veux pas, tu devras rester ici » « si tu n’es pas sage, je fais sortir tes parents »…
     
  • Minimiser, tromper ou émettre des jugements de valeur qui déprécient l’enfant : « quel douillet ! », « quel bébé !» « quel comédien ! », « les autres enfants, ne se plaignent pas !»…
     

Ce qui aide l'enfant

  • Frapper avant d’entrer dans la chambre.
     
  • S’adresser à l’enfant et se présenter.
     
  • Se mettre physiquement à la hauteur de l’enfant.
     
  • Apprivoiser l’enfant : ne pas toucher ou examiner une partie du corps sans avoir obtenu son accord ou l’avoir prévenu 
    > Lire le témoignage d'Olivia, 7 ans
     
  • Lui montrer le matériel utilisé, lui laisser un moment pour l’explorer, le manipuler, l’essayer sur lui-même ou sur une poupée (c’est la séquence « tell-show-do » ou « dire-montrer-faire ») avant de l’appliquer sur son corps (garrot, stéthoscope, masque, matériel de monitorage…)
     
  • Faire doucement, lentement, sans mouvement brusque.
     
  • Encourager l’enfant à exprimer son ressenti : dans tous les cas, il a le droit de se plaindre, de pleurer, de râler, d’être en colère (contrairement à ce que l’on peut penser, ces manifestations n’entrainent pas systématiquement l’insatisfaction de l’enfant à la fin du soin, ou une phobie…).
     
  • Solliciter la participation, l’aide « technique » de l’enfant, lorsque c’est possible : tenir la tubulure de la perfusion, appuyer pour la purger… puis le remercier et le féliciter pour son aide.
     

Évaluer si l’enfant s’est senti « contraint »

Lui poser  la question : « Si je devais te refaire le soin, serais-tu d’accord pour qu’on fasse pareil  ? »

 


Auteurs

Françoise Galland, directrice de l’association SPARADRAP, avec la collaboration de Didier Cohen-Salmon, Elisabeth Gravier et Catherine Holzmann.

Comprend des extraits des guides professionnels :
« Les enfants n’aiment pas les piqures ! Livret destiné à celles et ceux qui les font »
« Et si je n’ai pas sommeil ? Propos autour de l’anesthésie de l’enfant »

 

Dossier créé en mars 2012 – mise à jour : juillet 2018

Documents

Livre L'hôpital raconté par les enfants

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Fiches Comment s'installer lors des soins

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Guide Les enfants n'aiment pas les piqûres !

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Manuel pratique d'hypnoanalgésie pour les soins en pédiatrie

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Questionnaire Mieux te connaître pour mieux t'endormir

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Vidéos

A vous de jouer ! La distraction des enfants lors des soins - version courte

Soins douloureux en pédiatrie : avec ou sans les parents - version courte

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