Les inquiétudes de l’enfant avant un soin, un examen…

La plupart des enfants sont inquiets lorsqu’ils sont en contact avec le monde médical et hospitalier que ce soit pour une visite, un soin, un examen médical, une intervention chirurgicale. Ils ont peur de l’inconnu, peur d’avoir mal, peur d’être séparés de leurs parents, peur des séquelles… et ce d’autant plus qu’ils ont le souvenir d’expériences difficiles.

Nous sommes tous conscients de l’existence de ces peurs que l’on rencontre à des degrés variables chez tous les enfants. Mais leurs manifestations qui s’expriment sous des formes diverses et paradoxales peuvent parfois dérouter : excitation, pleurs, mutisme, agressivité… et entrainer des réponses plus ou moins adaptées de la part des professionnels comme des parents.

Il nous a donc semblé utile de les rappeler de façon synthétique et de proposer des pistes de réflexion et des solutions pour les prendre en compte.

 

 

La peur d’être séparé de ses parents

A tout âge, et même à l’âge adulte, on a (souvent) besoin d’un proche dans les moments difficiles. La présence des parents ou d’une personne proche au chevet de l’enfant est un élément rassurant et nécessaire pour lui permettre de faire face à la situation.

Aujourd’hui, de nombreux textes officiels encouragent cette présence et la Charte européenne de l’Enfant hospitalisé est de mieux en mieux appliquée dans l’ensemble des hôpitaux. Elle contribue à favoriser la présence des parents auprès de leurs enfants, mais il existe des lieux où les séparations sont, malheureusement, encore d’actualité.

Comment faire ?

Même si le fait de permettre aux parents de rester auprès de leur enfant lors d’un soin, d’un examen, peut dépendre d’une volonté individuelle, il est important que l’ensemble d’une équipe adopte une attitude cohérente pour ne pas créer d’inégalités entre les familles au sein du service, voire de l’établissement.

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La peur de l’inconnu

L’image de l’hôpital véhiculée par les médias (informations télévisées, séries…) et les adultes peut donner aux enfants l’impression d’un lieu hostile où ce qu’on y vit est forcément dramatique, effrayant et empreint de souffrance. Par ailleurs, l’hôpital est souvent associé au lieu dans lequel un de leur grand-parent est décédé. A cela, ajoutons tout ce qui pour l’enfant est inconnu dans le monde hospitalier : il connaît peu et mal l’environnement de l’hôpital (l’architecture, les «machines», les différents professionnels et leurs rôles), on y parle un langage qu’il n’a pas appris, il y découvre des gestes qui peuvent le surprendre (comment comprendre que l’on peut lui faire mal ou le contraindre pour son bien ?), il rencontre des visages inconnus et se perd dans une organisation des soins dont, évidemment il ne peut saisir clairement le fil rouge.

C’est la raison pour laquelle les enfants ont besoin d’informations, de points de repères, adaptés à leur niveau de compréhension.

 

Comment faire ?

Pour nouer le contact

Commencer par se présenter, donner son nom et sa fonction, éventuellement en essayant de se mettre, physiquement, à sa hauteur. Une fois le contact établi, il s’agit de permettre à l’enfant d’être actif, (par exemple lui permettre de faire des choix pour limiter son sentiment d’impuissance, rester couché ou assis, choisir un parfum pour le masque, la couleur d’un pansement…) ce qui l’aide à apprivoiser la situation qu’il découvre. S’informer auprès de l’enfant ou de ses parents sur ce que l’enfant connaît déjà de la situation de soin, d’éventuelles expériences antérieures, de sa représentation de la maladie, de l’hôpital. Questionner l’enfant sur des points précis avec des propositions qui ne sont pas trop « ouvertes ». Si l’enfant n’est pas à l’aise pour répondre : reformuler la question, lui proposer des pistes de réponses…

Pour l’informer

Avant le soin :

  • Informer oralement l’enfant sur ce que vous allez faire en lui expliquant précisément les gestes du moment et le parcours qu’il va suivre. Mais les mots ne suffisent pas, s’aider de supports illustrés, de poupées, marionnettes, vidéos, diaporamas, posters…
  • Informer par le jeu : le jeu est une plateforme qui aide l’enfant à intégrer une nouvelle situation, en l’occurrence le soin. De plus, en jouant, l’enfant voit le matériel, le touche et le manipule. De la sorte, l’information entre par des canaux de communication différents et complémentaires. Il intègre donc une quantité d’information plus conséquente que si on la lui présentait uniquement oralement. C’est la raison pour laquelle, il ne faut pas hésiter à présenter à l’enfant le matériel, à lui permettre de toucher.
     
  • Le prévenir si un soin s’annonce difficile ou douloureux et l’informer simultanément des solutions qui existent pour remédier à la situation : que ce soit contre la peur ou contre la douleur (produits pharmacologiques, crème anesthésiante, inhalation du MEOPA, rassurance ou distraction par le parent…).

     

Enfin, vérifier que l’enfant a compris le message en le questionnant à nouveau sur l’information que vous lui avez donnée ou en lui proposant de refaire le geste que vous aurez déjà réalisé sur la peluche

Pendant le soin :

  • Avant de commencer, demander à l’enfant s’il souhaite que vous le préveniez, que vous commentiez ce que vous allez faire, le matériel que vous allez utiliser ou s’il préfère êtres distrait. Les souhaits des enfants sont très variables à ce sujet.

Pour le rassurer

Préciser à l’enfant que l’hôpital n’est pas une punition, qu’il n’est pas responsable de sa maladie, que le soin, l’hospitalisation ou l’intervention est nécessaire.Lui permettre de garder son doudou avec lui. Cet « objet transitionnel », qui fait partie de son monde, le rassure et l’aide à faire la transition entre un espace connu et un autre inconnu qui génère une certaine crainte. Dans les hôpitaux, les « doudous », sont acceptés dans les chambres et souvent même au bloc opératoire, considérant qu’il est plus important de donner l’occasion à l’enfant de se rassurer que de respecter les règles d’hygiène.

 

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La peur de l’atteinte à l’intégrité de son corps

L’hôpital est un lieu où l’enfant rencontre l’inconnu sous toutes ses formes, y compris dans les traces que laisseront les gestes de soin sur lui.

Ainsi, l’enfant se construit parfois, des représentations tout à fait fausses quant aux conséquences des actes de soin et peut imaginer : que la blessure ne se referme jamais, que la cicatrice reste énorme, ne pas se réveiller après une anesthésie, ne plus pouvoir marcher après une fracture de la jambe ou manger après une amygdalectomie, être transpercé par les rayons x,…

La peur de l’atteinte à l’intégrité du corps peut aussi se révéler au travers de gestes «simples» des soignants : par exemple lorsqu’un objet médical entre dans le corps de l’enfant, ne serait-ce que pour l’examen des oreilles, de la bouche...

Et plus l’enfant est jeune plus sa crainte est grande, car elle est difficile à raisonner. Avec l’âge, l’enfant apprend à maîtriser son schéma corporel mais le soin et l’intervention sont des exceptions qu’il ne connaît pas bien encore (l’adulte lui-même connaît bien mal son schéma corporel interne par exemple).

 

Comment faire ?

  • Généralement, il faut garder à l’esprit que ce qui est évident pour l’adulte qui soigne, parce qu’il a vu, étudié et peut-être expérimenté lui-même, peut être tout à fait anxiogène pour l’enfant.

  • L’information est primordiale pour expliquer à l’enfant les conséquences des soins, celles qu’il pourra voir, toucher, et sentir (cicatrices, pansements, sensations…).
  • Par exemple, l’enfant peut imaginer qu’il se vide de son sang lors d’une prise de sang, il est alors conseillé d’user d’une métaphore pour donner une idée du peu de sang retiré (pas plus qu’une cuillère à café par exemple).

 

 

La peur d’avoir mal

Même si la peur d’avoir mal n’est pas toujours exprimée, elle existe bel et bien chez chaque enfant.

Selon l’âge bien entendu, elle est anticipée de façon différente.

Elle sera d’ailleurs plus importante si l’enfant ne comprend pas la raison du soin et/ou si une expérience antérieure à l’hôpital ou lors d’un soin a laissé une trace négative dans son souvenir (pensons aux vaccins, sutures ou opération chirurgicale…).

Tout un panel de solutions existe aujourd’hui pour éviter et soulager efficacement la douleur et les recommandations officielles sont nombreuses.

 

Comment faire ?

Évaluer la douleur

L’expérience de la douleur est différente pour chacun, que l’on soit enfant ou adulte, chacun selon son histoire personnelle, familiale et culturelle y réagit de façon différente. Au bout du compte, il n’y a que le soigné qui peut dire et décrire combien et comment il a mal. L’y amener est une étape importante de la prise en charge. Ainsi l’évaluation systématique de la douleur fait partie du soin.Elle est importante pour pouvoir, à partir de la subjectivité du patient, établir un dialogue dans un langage commun à tous les professionnels. Elle est indispensable pour pouvoir évaluer l’efficacité du traitement proposé, le modifier si nécessaire. Dès l’âge de 4, 5 ans, un enfant est en mesure de dire « combien il a mal ». On parle alors « d’auto-évaluation ». Il peut être utile de présenter à l’avance à l’enfant les échelles d’auto-évaluation de la douleur que vous utiliserez pour le familiariser à leur utilisation.

Voici les principales échelles qu’il est possible d’utiliser :

  • L’Echelle Verbale Simple (EVS) : il a mal « pas du tout, un peu, moyen, beaucoup », dès 4 ans

  • La réglette des 6 visages : dès 4 ans
  • L’Echelle Visuelle Analogique (EVA) : dès 6 ans
  • L’Echelle Numérique Simple ENS qui consiste à donner une note entre 0 et 10 à sa douleur : à partir de 8 ans

Le score de douleur doit être noté dans le dossier de soins, au même titre que l’on note s’il a ou non de la fièvre.

Associer systématiquement les moyens non pharmacologiques et pharmacologiques

Peur et douleur sont intimement liés, il est donc nécessaire à la fois de :

  • Prévoir des moyens antalgiques adaptés : médicaments, solutions sucrées, MEOPA, anesthésies locales, anesthésie générale…
     
  • Créer un climat rassurant avec l’aide précieuse des parents, si l’enfant et les parents le souhaitent.
     
  • Utiliser du matériel adapté, par exemple : garrot à serrage progressif qui ne pince pas, fibroscope de petit diamètre, stéthoscope peluche, table d’examen toise en forme d’animal…
     
  • S’assurer du confort de l’enfant (installation, température,…).
     
  • Noter dans le dossier de soins si les solutions se sont avérées efficaces ou non.
     
  • Proposer des moyens de distraction adaptés à l’âge de l’enfant, ou l’hypno-analgésie.

 

Pour approfondir la question


Auteurs

Bénédicte MINGUET, Docteur en psychologie, responsable de l’humanisation des soins et du travail, Clinique de l’Espérance CHC, Liège, Belgique

Françoise GALLAND directrice et cofondatrice de l’association SPARADRAP

Certaines parties de ce dossier sont extraites du mémento du Nounoursologue réalisé en collaboration avec l'Association Nationale des Etudiants en Médecine de France.

 

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Dossier créé en avril 2011