Distraire mon enfant lors d'un soin, d'un examen

Vous souhaitez aider votre enfant à vivre le mieux possible un soin ou un examen qui risque d’être difficile, pénible ou douloureux… C’est possible ! Vous pouvez le distraire ou aider les soignants à le faire. C’est un moyen simple et efficace pour diminuer l’anxiété de votre enfant (voire la vôtre !) et la sensation douloureuse. Voici quelques conseils pour vous encourager à le faire en collaboration avec les professionnels de la santé.

 

 

Distraire son enfant lors d’un soin pour diminuer la douleur

A l'hôpital de jour, une auxiliaire de puericulture distrait avec un livre une petite fille accompagnée de son papa, pendant un lavement de cathéter central.Votre enfant comme vous-même l’avez certainement expérimenté : on ressent moins certaines douleurs quand on comprend ce qui se passe, que l’on a confiance, que l’on est détendu, que l’on pense à autre chose, que l’on se sent soutenu, entouré…A l’inverse, la douleur devient plus importante quand on est inquiet, qu’on ne comprend pas, que l’on est surpris, qu’on se sent impuissant... C’est pourquoi distraire votre enfant pendant un soin peut l’aider à avoir moins mal.

Peur et douleur sont intimement liées

Même si les soignants ont prévu des moyens médicamenteux adaptés pour éviter ou soulager la douleur de votre enfant pendant le soin ou l’examen, il peut toujours avoir peur : parce qu’il ne comprend pas, parce qu’il est inquiet du résultat des examens ou qu’il a de mauvais souvenirs…

Une enfant respire du MEOPA avec son doudou dans les mainsMême un soin ou un examen considéré comme a priori non douloureux (par exemple : un examen radiologique, un examen des oreilles ou de la gorge…), peut devenir difficile, voire douloureux, si votre enfant est très anxieux…

La douleur est à la fois une sensation et une émotion, ainsi, la peur augmente la sensation douloureuse et à l’inverse quand on a moins peur on a moins mal. Placé dans un contexte favorable, le cerveau peut réguler la sensation douloureuse.

Des études prouvent l'efficacité de la distraction

Au-delà du simple bon sens qui fait que spontanément et depuis longtemps certains soignants ou parents, distraient les enfants pendant les soins (en chantant une berceuse, en racontant une histoire, en parlant de souvenirs de vacances...), l’efficacité des moyens de distraction est maintenant scientifiquement prouvée.

De nombreux professionnels de santé, désireux d’améliorer la prise en charge des enfants et le vécu du soin ont mené des études pour démontrer l’efficacité de ces moyens et leur action sur la perception de la douleur chez l’enfant. Par exemple, regarder une vidéo, faire des bulles de savon, écouter de la musique…

Un enfant que l'on soigne joue au jeu des 7 différencesLes résultats de ces études ont montré très clairement l’impact positif sur le vécu du soin et sur la douleur.

Depuis, de plus en plus de professionnels de santé convaincus proposent systématiquement des moyens de distraction lors des soins en complément des moyens antalgiques. Mais cela est encore variable selon les services hospitaliers ou les lieux de soins, c’est pourquoi de votre côté, vous pouvez faire quelque chose.

Une aide pour votre enfant comme pour vous

L’objectif n’est pas d’essayer de faire rire votre enfant à tout prix, mais de détourner momentanément son attention vers quelque chose de plus positif que l’examen ou le soin qu’il doit vivre.

En tant que parent, vous savez comment rassurer, détendre ou distraire votre enfant. Même dans un cabinet médical, un cabinet de radiologie, un centre de PMI, une salle de soin, une salle de réveil… vous pouvez lui chanter une chanson, le masser, lui raconter une blague, vous pouvez apporter son jouet ou son personnage préféré du moment…

Après la pose d'un cathéter court qui a été difficile, une petite fille fait de la peinture dans sa chambre en hôpital de jour, sa maman à côté d'elle.Ce n’est pas parce que votre enfant est inquiet ou malade qu’il faut arrêter de jouer avec lui ou essayer de l’amuser, au contraire, même si cela peut paraitre incongru à certains ou trop difficile à faire.

Les parents ont souvent plus de ressources qu’ils ne l’imaginent, surtout s’ils sont convaincus que cela va aider leur enfant et si les professionnels les y encouragent.

Vous ne maitrisez pas forcément les questions d’ordre médical, mais vous êtes compétents pour le rassurer et le distraire.

Si vous êtes inquiet vous-même, avoir un rôle actif en tant que parent, soutenir votre enfant, vous sentir utile vous fera également du bien car vous serez moins concentrés sur le soin qui se déroule.

La maman de Zoé lors de la pose d’un cathéter :
«C’était difficile de la voir comme ça et puis de se sentir impuissante… alors j’ai eu l’idée de lui parler du cheval… ça l’a tout de suite calmée. J’aurais dû y penser plus tôt, mais ça l’a calmée et du coup moi ça m’a fait du bien aussi».

Les bénéfices sont également à long terme : «Je penserai plus à dire ce que mon enfant aime…», «Je n’aurais pas pensé à apporter des jouets pour les soins, mais maintenant je le ferai»

 

 

Distraire son enfant lors d’un soin : comment faire ?

Très souvent en présence des professionnels de santé, les parents perdent un peu leurs moyens, ils ne savent plus très bien ce qu’ils peuvent faire ou ne doivent pas faire…

Bien informer votre enfant sur le soin ou l'examen

Un garçon et sa maman dans le bureau du chirurgienTout d’abord, vous pouvez vous assurer que votre enfant a compris ce que l’on va lui faire, pourquoi c’est nécessaire et comment le geste sera réalisé : les étapes, le matériel utilisé, les personnes présentes, la durée, les suites… Il peut entendre que ce sera difficile, si en parallèle les soignants et vous-même lui expliquez les bénéfices attendus et tous les moyens qui seront mis en œuvre pour limiter la douleur, l’inconfort, ou l’inquiétude.

Cette information est importante, car si elle est erronée ou incomplète, votre enfant pourrait perdre confiance.

Être bien informé vous-même est aussi essentiel, vous serez ainsi plus à même de rassurer votre enfant, de le guider. Enfin, bien connaitre le déroulement du soin, vous permettra de repérer les éventuelles contraintes pour le distraire de façon adaptée.

Pour quels types de soins, examens ?

La distraction peut se faire pour tout type de soin, qu’il soit court ou long, réalisé en situation d’urgence ou de façon programmée, exceptionnel ou répétitif…

On pratique une ponction lombaire à un enfant pendant qu'un autre soignant lui raconte une histoireImpossible d’être exhaustif, mais voici des exemples : test de dépistage à la maternité, examen médical, vaccin, prise de sang, ponction lombaire, myélogramme, pose ou changement de pansement, lavement de cathéter central, points de suture, pose ou retrait d’un plâtre, tests cutanés, aérosol, injection intra-musculaire, injection de toxine botulique, endormissement ou réveil au bloc opératoire, radiographie, échographie, IRM, scanner, scintigraphie…

Anticiper, penser à apporter des jeux

Les lieux de soins qui accueillent des enfants sont plus ou moins équipés de jeux, jouets, livres. Ils sont souvent à disposition dans les salles d’attente, mais pas toujours dans les lieux où sont réalisés les soins (salle de consultation, chambre, salle de pré anesthésie ou de réveil, salle de radiologie...).

Gros plan sur des jeux du CHU de RennesLorsque le soin est programmé et sans oublier son doudou s’il en a un, vous pouvez prévoir d’apporter des objets ou jouets qu’il apprécie : livre, revue, petits jeux attractifs, marionnettes, hochets, personnages, boite à musique, MP3, console de jeux, ordinateur, grille de sudoku ou mots fléchés…

Pour les jeunes enfants et dans la mesure où ils se lassent très vite d’un jouet, et il est nécessaire d’en prévoir plusieurs. C’est une façon de faire le lien entre l’univers familier de votre enfant et celui du lieu de soin ou de l’hôpital qu’il découvre ou redoute.

Pensez à bien nettoyer ses jouets et son doudou surtout si votre enfant souhaite les garder avec lui au bloc opératoire.

Informez les professionnels de santé des centres d'intérêts de votre enfant

Un petit garçon fait des gribouillages sur un tableau effaçable à sec disposé juste à côté de la table d'examen pendant une prise de sang.Vous connaissez votre enfant mieux que quiconque et votre aide est précieuse pour aider les professionnels à entrer en relation, à « apprivoiser » votre enfant le plus vite possible :

  • tout d’abord les prévenir d’éventuels antécédents difficiles. Votre enfant aura d’autant plus besoin d’être rassuré qu’il garde un mauvais souvenir d’un soin précédent. Vous pouvez alerter les soignants sur ce qui était difficile, ce qui risque de le gêner pour envisager des solutions ensemble.
     
  • leur indiquer ce qui rassure votre enfant : son doudou, la tétine, le bercement, les caresses, lui tenir la main, le garder sur vos genoux ou dans vos bras…
     
  • préciser ce qu’il aime : chanson, histoire, animal, activités de loisirs, sports, film, émission télévisé, souvenirs de vacances, blagues…
     
  • alerter également sur ce qui peut l’inquiéter, le dérouter, le paniquer surtout s’il a des difficultés de communication ou qu’il est porteur d’un handicap.


Cette transmission d’information est importante, surtout lorsque vous savez que vous ne pourrez pas être présents lors de certains soins ou que vous serez momentanément séparé de votre enfant, par exemple s’il doit être opéré. C’est assez rare, mais vous pouvez éventuellement rester avec lui jusqu'à ce qu’il soit endormi, ou plus souvent être présent au moment de son réveil. Les séparations sont aussi courantes dans les services de soins intensifs ou de réanimation.

Certains services s’organisent pour recueillir ces informations. Cela peut être fait : oralement juste avant le soin, à l’arrivée dans le service d’hospitalisation et noté dans le dossier de l’enfant ou via un questionnaire à compléter qui vous est remis à l’avance. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez le faire de votre propre initiative.

Soigner, distraire : se partager les rôles

Plusieurs éventualités sont possibles :

La distraction est une pratique courante dans le service hospitalier ou le lieu de soins 

Dans ce cas les professionnels vous proposeront soit de distraire vous-même votre enfant, soit de le faire eux-mêmes. Très souvent dans cette éventualité, le soignant qui distrait n’est pas celui qui fait le soin et il commence à distraire votre enfant avant le début du geste.

Pendant une injection intra musculaire, un petit garçon est distrait par son papa qui lui lit un livre avec une grenouille en relief, l'auxiliaire de puériculture joue avec une marionnette à main en forme de grenouille.C’est évidemment variable selon les situations, mais il est préférable qu’une seule personne soit responsable de la distraction de votre enfant. Bien sûr, elle pourra faire participer les autres personnes présentes, par exemple chanter, répondre à des questions, dessiner, attraper des bulles, commenter un livre…

Mais définir un référent pour la distraction permet aussi d’éviter qu’une multitude de stimulations soit suggérées à votre enfant s’il n’accroche pas tout de suite à celle qui lui est proposée ou si elle ne parait pas efficace assez rapidement aux autres personnes présentes. Car il faudra parfois un peu de temps à votre enfant pour choisir la proposition qui lui plait.

Dans la réalité, le partage des rôles se fait assez spontanément entre soignants et parents quand le professionnel de santé est attentif ou l’équipe formée à cette approche.

Le service ou le professionnel de santé n’est pas particulièrement investi dans cette démarche de distraction.

Dans ce cas, c’est à vous d’être force de proposition.

L’impératif est de ne pas gêner la réalisation du geste technique par le ou les soignants et pour cela, un minimum de coordination est nécessaire. Par exemple, ne pas proposer un jeu ou une activité qui risque d’encourager l’enfant à bouger alors qu’il doit rester immobile…

Si c’est la première fois que le geste est réalisé

Vous aurez besoin de savoir :

  • où vous pouvez vous installer dans la pièce (éventuellement derrière la vitre protectrice en radiologie)
     
  • à quel endroit à côté de votre enfant (au niveau de sa tête, de ses pieds…)
     
  • quelle est la position de votre enfant : par exemple lors d’une ponction lombaire l’enfant peut difficilement regarder un écran de télévision au mur
     
  • les moments durant le soin où votre enfant peut bouger, parler
     
  • les effets de certains moyens antalgiques : l’inhalation de MEOPA peut transformer les sensations de l’enfant, par contre il peut toujours parler, chanter, regarder un livre même avec le masque sur le visage…

Si malgré les moyens antalgiques et la distraction proposée votre enfant manifeste toujours beaucoup d’anxiété, s’agite, pleure, évitez de participer à le maintenir (ou de façon très modérée), de le gronder ou de le plaindre, cela ne ferait qu’accentuer sa détresse.

Les professionnels décideront peut-être de suspendre ou de reporter le soin mais s’il doit impérativement être fait vous pourrez une fois le soin terminé, réconforter votre enfant, lui expliquer pourquoi c’était nécessaire de le faire, le féliciter d’avoir fait son maximum pour coopérer. Enfin, l’expression d’une émotion forte ou d’un désaccord n’est pas obligatoirement le signe que votre enfant vivra mal les soins futurs.

Distraire les plus petits comme les plus grands

En pédiatrie, un adolescent fait un jeu de morpion sur un tableau effaçable à sec avant une prise de sang.On pourrait être tenté de penser qu’il est surtout nécessaire de distraire les bébés ou les jeunes enfants. C’est assez logique car ces derniers sont en effet très sensibles à l’ambiance, plus facilement inquiets par la découverte de nouveaux lieux ou de nouvelles personnes et ils comprennent moins bien la raison du geste désagréable ou douloureux.

Mais les grands enfants ou les adolescents apprécieront également d’être distrait pendant un soin. L’éventail des moyens de distraction est plus limité mais on peut citer : les bandes dessinées, des livres qui demandent une certaine concentration tel que « Ou est Charlie?», un Mp3 pour écouter de la musique, une console de jeu, un ordinateur pour regarder des vidéos ou se connecter à internet…

 

 

Des témoignages de parents

La maman de Noam 2 ans, à propos d'une prise de sang

La maman de Noam 2 ansAvant j’aurais seulement emporté son doudou, je n'aurais pas pensé à emmener des jouets de mon propre chef. C'est vrai que j'y pense pour aller dans des salles d'attente mais pas pour l'examen, pas pour la prise de sang et en fait c'est très efficace. C'est sûr qu'après avoir vu ce qu'ils proposent dans ce service, j'emporterai soit le petit lecteur mp3 ou les petits jouets, les petits nounours, les petits hochets, enfin quoi que ce soit avec quoi il aime jouer. Maintenant j'ai l'habitude donc ça ne me viendrait pas à l'idée de faire autrement que d'emmener de quoi l'occuper pendant un examen.

La maman de Charles 7 ans à propos d'une prise de sang

La maman de Charles 7 ansDepuis la naissance de Charles, on vient régulièrement à l'hôpital pour lui faire des prises de sang…. Au début les soins ça ne se passait pas très bien… Mais à partir du moment où il y a eu le tableau [effaçable à sec installé à coté du lit d’examen sur lequel l’enfant peut dessiner], ça a été bénéfique pour lui parce qu'il faisait quelque chose qu'il aimait, donc un beau dessin pour faire plaisir à tout le monde et comme Charles adore faire des dessins, voilà il était très content et les prises de sang se passent beaucoup mieux maintenant… Maintenant quand je vais faire des soins ailleurs pour mon fils, dans mon sac à mains, il y a automatiquement un crayon, du papier, enfin quelque chose pour lui mettre la tête ailleurs plutôt que dans sa prise de sang ou un autre soin.

Maman de Corentin 8 ans opéré des amygdales

Maman de Corentin 8 ans … dans le service, il y a une bonne présence, un bon accompagnement dans le sens où ils demandent à l'enfant d'emmener aussi bien des jouets que de la musique s'il le souhaite ou même les doudous et c'est vrai que du coup au niveau des enfants c'est plus rassurant pour eux. Corentin avait choisi une musique, un CD qu'il a emmené en salle d’opération et qui lui a permis de s'endormir en confiance. Il m'a dit « le morceau devait durer 4 minutes mais j'ai pas entendu plus de 20 secondes…

 


Auteur

Françoise Galland, directrice de l'Association SPARADRAP
 

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Dossier créé en mai 2011 - Mise à jour : septembre 2018

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